Activités formatives pour développer les compétences en enquête historique

Nathan Moe

En tant qu’enseignants en sciences sociales, nous savons que guider les élèves à penser comme des historiens ne se limite pas à mémoriser des dates ou à réciter des faits. Une véritable enquête historique repose sur un ensemble de pratiques disciplinaires — l’analyse des sources, la contextualisation, la lecture attentive et la corroboration des preuves — qui exigent un accompagnement structuré et des rétroactions ciblées.

Pourquoi les tâches courtes et ciblées sont importantes

Les épreuves traditionnelles de synthèse sont puissantes, mais chronophages : les élèves peuvent passer des heures à analyser plusieurs documents, et les enseignants doivent souvent consacrer autant de temps pour les corriger. De plus, comme ces épreuves sont des tâches complexes, il peut être difficile d’évaluer la maîtrise des compétences spécifiques et de fournir un retour vraiment pertinent.
Peut-être devrions-nous suivre le conseil de l’enseignant anglais Michael Fordham, qui souligne : « On ne s’améliore pas dans une performance finale simplement en la répétant encore et encore. Il faut plutôt se concentrer sur ce qui mène au succès, en identifiant les conditions et les étapes préalables nécessaires, plutôt que de seulement pratiquer la performance finale. »

En s’inspirant du Digital Inquiry Group, le site ToThePast.ca a rassemblé une série d’activités formatives axées sur la pensée historique, conçues pour être complétées en environ 5 à 10 minutes. Chaque activité cible une compétence précise : par exemple, amener les élèves à déterminer les forces et les limites d’un document, à repérer les éléments contextuels qui aident à mieux le comprendre ou encore à juger la plausibilité de certaines conclusions. Grâce à cette pratique régulière, les enseignants peuvent cerner plus facilement les incompréhensions et y remédier avant que les élèves ne s’attaquent à des tâches plus complexes.

Vers une enquête historique plus approfondie

Mais surtout, ces activités formatives favorisent des discussions franches sur le « pourquoi » des questions fondamentales que se posent les historiens face aux preuves. En isolant chaque étape de l’analyse des sources — examiner leur origine, contextualiser les métadonnées, évaluer les forces et les faiblesses, comparer des récits divergents — les enseignants créent un environnement structuré qui permet aux élèves de passer d’une compréhension de surface à des jugements plus nuancés.In A Letter Home: Heavy Losses, students examine two contrasting inferences about a historical source and determine which interpretation is more plausible. The task illuminates a central truth of historical inquiry: sources are open to multiple interpretations, but all interpretations must be grounded in evidence. Activities like this also cultivate the ability to consider the specificity and scope of claims, while also entering discussions regarding the strength, relevance and adequateness of evidence in support of an interpretation.

Un type d’exercice particulièrement efficace, qui a suscité de riches discussions en classe, consiste à présenter aux élèves deux conclusions opposées à propos d’un même document historique et à leur demander laquelle leur semble la plus plausible. Ce genre d’activité met en lumière une vérité essentielle de l’enquête historique : un même document peut donner lieu à plusieurs interprétations, mais elles doivent toutes reposer sur des bases solides. Des exercices comme celui-ci développent aussi chez les élèves la capacité à évaluer la précision et la portée d’affirmations, tout en nourrissant des échanges sur la force, la pertinence et la suffisance des arguments avancés pour appuyer une conclusion.

C’est un réel plaisir d’entendre les élèves partager leurs analyses réfléchies lors de discussions avec leurs pairs : « Je ne pense pas que l’on puisse affirmer que Hager est détaché. Épuisé, certes… mais vers la fin de sa lettre, il affirme que “les Allemands ne feraient pas de quartier à la 5e brigade d’artillerie”. Cela ne suggère pas de l’indifférence, mais une forte détermination, voire un durcissement de la volonté. Au vu du contenu de la lettre, je pense que la conclusion de la personne 1 est plus plausible. »

Poursuivre la conversation

Ce sont des compétences essentielles à l’enquête historique, où les élèves apprennent que la discipline ne repose pas uniquement sur la recherche de faits, mais sur la construction et la vérification d’affirmations à partir de preuves suffisantes et contextualisées.

Avec le temps, ces mini-tâches développent les préalables indispensables — connaissances, habitudes d’analyse et méthodes — qui aideront les élèves à réussir des tâches plus complexes, telles que des épreuves de synthèse ou des projets de recherche.

En intégrant ces activités formatives courtes et ciblées dans la routine, on s’assure que la prochaine fois qu’ils auront à traiter une question historique complexe, les élèves disposeront non seulement des faits, mais aussi de la confiance et des outils nécessaires pour questionner, analyser et élaborer des arguments bien fondés. C’est toute la promesse d’enseigner l’histoire comme une enquête — étape par étape.

L’ensemble de ces activités formatives est accessible gratuitement sur ToThePast.ca