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Le patrimoine asiatique, l’éducation et la contribution au changement

Chaque Mois thématique vient avec des gestes familiers : des présentations en classe, des spectacles culturels et des mises en valeur de la nourriture, de la langue, des parcours migratoires ainsi que de réalisations significatives. Mais ces formes de reconnaissance sont issues d’histoires marquées par le racisme, l’exclusion, la guerre, l’impérialisme et le colonialisme. Les histoires de la diaspora asiatique au Canada sont étroitement liées à l’occultation des peuples autochtones et noirs, ainsi qu’aux lois, aux institutions et aux systèmes qui continuent de marginaliser les peuples racialisés et les communautés 2SLGBTQ+. Le Mois du patrimoine asiatique a toujours été une invitation à faire prendre conscience de situations qui continuent de prendre place dans nos écoles, nos politiques et notre vie quotidienne.

C’est pourquoi l’éducation est importante.

La pédagogie culturellement pertinente et adaptée est essentielle pour garantir une éducation inclusive, équitable et ancrée dans les réalités des communautés qu’elle sert. Ce que les élèves apprennent à l’école façonne leur compréhension de l’appartenance, des histoires qui sont valorisées et de la manière dont ils entrent en relation avec les autres. Pour que l’éducation soit véritablement significative, les programmes et l’enseignement doivent refléter la diversité présente au Canada et aborder les enjeux sociaux et historiques qui continuent de façonner nos vies.

Ce travail dépend aussi du fait que les éducatrices, éducateurs, enseignantes et enseignants soient protégé·e·s et soutenu·e·s dans leur capacité à enseigner, apprendre et se perfectionner dans des environnements qui favorisent l’équité, la diversité et l’inclusion. Lorsqu’on lui fait confiance et lui offre les outils nécessaires pour enseigner de façon adaptée, le personnel éducatif est à même d’offrir des classes où les élèves se sentent vus, stimulés et liés les uns aux autres.

Le Mois du patrimoine asiatique nous rappelle que l’inclusion doit aller au-delà de la célébration. Il appelle à un enseignement honnête de la colonisation, de l’exploitation par le travail, des lois d’exclusion, de l’internement et du racisme anti-asiatique, tout en reconnaissant également les réalités plus larges de la dépossession autochtone et du racisme anti-Noir au Canada. Une éducation inclusive doit dire la vérité sur le passé et le présent afin que les élèves puissent mieux comprendre le monde et imaginer un avenir plus juste.

Cela n’est pas séparé du patrimoine asiatique. C’en est le cœur même.

Beaucoup de Canadiennes et de Canadiens d’origine asiatique descendent de personnes déplacées par l’impérialisme, la guerre, la famine ou la pauvreté. Nombre d’entre eux sont venus ici pour assurer leur survie, trouver la stabilité et des possibilités. Ces histoires méritent attention et reconnaissance. Mais elles n’effacent pas le fait que plusieurs d’entre nous vivent et construisent leur vie sur des terres autochtones. En tant qu’immigrantes et immigrants, nous devons apprendre à porter ces deux vérités en même temps. Nos communautés ont subi un racisme et une exclusion bien réels, et nous sommes aussi impliqués dans une société colonialiste qui continue de nuire aux peuples autochtones. L’éducation devrait nous aider à assumer cette complexité plutôt qu’à nous en détourner.

Un programme d’études qui refléterait réellement la diversité du Canada ne réduirait pas ces réalités à une simple leçon sur la résilience. Il ferait place à la complexité, à la contradiction et aux relations. Les expériences des communautés d’Asie de l’Est, du Sud-Est, du Sud, de l’Ouest et du Centre sont distinctes, façonnées par des langues, des traditions religieuses, des migrations, des classes sociales et des histoires politiques différentes. Dans de telles conditions, la solidarité n’est pas automatique; elle naît de nos luttes.

Cela importe parce que les luttes contre le racisme anti-asiatique, le racisme anti-Noir et le colonialisme ne sont pas identiques, mais elles sont interreliées. Les systèmes canadiens de suprématie blanche et de capitalisme racial reposent sur la division. Ils poussent les communautés à se faire concurrence pour obtenir de la reconnaissance au lieu de bâtir ensemble des espaces durables.

Des récits comme celui du mythe de la minorité modèle ont été particulièrement utiles à cet égard. Ils offraient une acceptation conditionnelle en échange du silence, tout en effaçant les inégalités au sein des communautés asiatiques et en sapant les luttes noires et autochtones.

Nos histoires offrent une autre voie.

Bien avant que le multiculturalisme devienne un slogan national, les communautés asiatiques mettaient déjà en place des systèmes de soutien là où il n’en existait aucun. Des associations de bienfaisance, des associations familiales, des groupes culturels et des organisations communautaires offraient du logement, du soutien juridique, de l’aide mutuelle, la défense des droits et un sentiment d’appartenance communautaire. Il ne s’agissait pas simplement d’espaces sociaux. C’étaient des infrastructures de survie et de dignité qui nous rappellent que la résilience n’est pas seulement une question d’endurance individuelle. Elle est collective, politique et fondée sur les relations.

Cependant, la solidarité et la résilience ne doivent pas être idéalisées. Trop souvent, les communautés marginalisées sont félicitées pour avoir survécu à l’injustice plutôt que soutenues face à des systèmes qui n’ont jamais été conçus pour elles. Mais l’objectif ne peut pas simplement être d’endurer le tort avec davantage de grâce. L’objectif doit être la transformation. L’éducation a un rôle crucial à jouer dans cette transformation en aidant les élèves à comprendre non seulement ce qui s’est passé, mais aussi comment le pouvoir fonctionne et ce qu’exige la justice.

Nous vivons à une époque de profonde polarisation, d’inégalités croissantes et d’efforts renouvelés pour opposer les communautés les unes aux autres. Nos différences sont souvent présentées comme une menace plutôt que comme une force. La peur encourage le repli. La rareté encourage le blâme. Mais un changement réel ne peut pas venir d’un travail mené contre les autres, ni d’une recherche de sécurité par le silence et la séparation. Il doit venir d’un travail au sein de nos propres communautés pour remettre en question les préjugés, le racisme anti-Noir, le racisme anti-autochtone, le castéisme, l’islamophobie et d’autres formes de violence, tout en construisant une solidarité entre les communautés avec humilité et responsabilité.

Accueillir nos différences ne signifie pas nier les conflits ni prétendre que toutes les luttes sont les mêmes. Cela signifie reconnaître que nos différences peuvent approfondir notre compréhension et renforcer les avenirs que nous construisons ensemble. Cela signifie savoir que la diversité sans justice est vide, et que l’inclusion sans vérité est incomplète.

Le Mois du patrimoine asiatique peut être un espace pour cultiver la vérité historique, la responsabilité éthique et le courage collectif. Si l’éducation doit refléter la diversité du Canada de manière significative, elle doit mettre les histoires asiatiques en dialogue avec la vérité et la réconciliation autochtones, ainsi qu’avec les luttes plus larges pour la justice raciale qui se poursuivent partout au pays.

C’est cet esprit qui guide mon travail avec le CCNC-SJ et ACENet : bâtir des relations entre les communautés asiatiques canadiennes qui rendent la solidarité possible, et contribuer à favoriser des milieux d’apprentissage inclusifs, honnêtes quant à nos différences et engagés à travailler ensemble de manière plus équitable. Ce n’est qu’alors que le patrimoine pourra devenir plus qu’une reconnaissance. Il pourra contribuer au changement.